Petite maroquinerie: grand enjeu de la mode
Si le sac tient le premier rôle au générique des accessoires griffés, portefeuille, porte-monnaie et porte-cartes relèvent de l’intime et peuvent se révéler d’autant plus attachants. Les marques ne s’y trompent pas.
Accessoires Tout semble les opposer, et pourtant, par abus de langage on voudrait nous faire croire que l’une ne serait qu’un ersatz de l’autre. Mille fois non. Contrairement à la grenouille de la fable, la petite maroquinerie ne cherche pas à se faire aussi grosse que le sac. Elle n’a de petit que le nom et elle trace sa route, autonome, suivant ses propres prérogatives. C’est que les deux sœurs ennemies vivent dans des mondes tout à fait séparés. Si l’aînée aime se montrer et qu’elle s’arbore fièrement, en bandoulière comme un fanion, ou à la main comme un prolongement implicite de soi, la cadette fustige ce côté show-off et ne se déplace qu’incognito dans une poche intérieure, au plus près du cœur, ou dissimulée dans un sac qui n’a alors plus vocation qu’à être son écrin précieux. « La petite maroquinerie créée un rapport très intime, là réside la beauté », professe le designer Isaac Reina. Elle ne s’adresse qu’à soi, là où le sac envoie un message vers l’extérieur. Dès lors, impossible de trouver un propos et une esthétique fédérateurs qui délimiteraient les contours d’une it-petite maroquinerie, comme on appelle it-bags ces sacs identitaires qui font les tendances saisonnières. « C’est un produit caché, il n’a pas vocation à devenir statutaire », assure le créateur Corto Moltedo. Puisque le message est intime, il doit être personnalisé : l’homme s’adapte à son sac, mais c’est la petite maroquinerie qui doit s’adapter à lui. « Chaque personne a ses propres habitudes, explique Sophie Delafontaine, directrice artistique de Longchamp. Les différentes fonctionnalités intérieures doivent répondre aux exigences de chacun. » Il y’a celles qui préfèrent le tout-en-un pour ne plus séparer cartes, papiers et valeurs et changer facilement de sac sans avoir à vérifier qu’elles n’ont rien oubliés. Il y a ceux qui cherchent le plus souple et plus fin portefeuille pour pouvoir le ranger dans une poche arrière de pantalon.
Deux, quatre, huit, ou douze compartiments pour les cartes ? Rabat, pression, fermeture à glissière ? Sans compter que d’un pays à l’autre, rien n’est compatible. Seules les cartes de crédit sont universelles. « Aux Etats-Unis, c’est formidable de faire de la petite maroquinerie : carte d’identité, de crédit…tout fait la même taille ; Même les billets sont identiques ! » commente, amusée, Béatrice Gouyet, directrice du développement des collections de maroquinerie chez Hermès. Notez, au passage que dans le nom même de ce département, le sellier du 24 Faubourg y exprime son adjectif : pas petite pour deux sous, la maroquinerie. En témoigne le catalogue qu’Hermès utilise en interne pour présenter l’ensemble de ses lignes aux boutiques : épais comme un volume de l’Encylopaedia Universalis, il présente une centaine de modèles dans leurs modèles dans leurs variations de couleurs et de peaux. Au total 1900 propositions, parmi lesquelles, loin des offres standardisées, chacun trouvera à s’exprimer au plus proche de sa personnalité. Car on peut se permettre plus de choses avec la petite maroquinerie : un sac, une pochette de soirée ou un attaché-case en peau précieuse flashy, ce n’est pas évident à porter dans tous les milieux. Tandis que « sur un accessoire de petite taille, les hommes osent plus facilement la couleur », explique-t-on à la boutique Goyard, où en parallèle au noir et au marine, les ventes s’orientent beaucoup vers le bleu ciel, l’orange et le vert. Dix coloris en tout, comme une incitation implicite à la collection. « Certains clients possèdent toute la gamme », assure-t-on. Même fidélisation pour Lancel, mais, cette fois, grâce à la mise en scène : « Lorsque les femmes entrent dans ce que nous appelons le bar à petite maroquinerie, elles ressentent une véritable émotion qui pousse à l’achat, analyse Leonello Borghi, directeur artistique de Lancel. C’est là que commence l’addiction. » Accro à la p’tite maro ? Aussi parce qu’elle est souvent plus abordable et devient alors une porte d’entrée accessible dans l’univers des marques. « Le sac est un investissement plus important, continue-t-il. Entre quarante et quelques centaines d’euros, la petite maroquinerie reste un produit original, empreint de l’esprit visionnaire de Mme Lancel. » Ainsi, peaux de grenouille, de saumon d’anguille, travail d’origami ou détails rappelant les lignes de bagagerie et de sacs permettent-ils à moindre coût de posséder un objet typiquement Lancel.
Pour autant, ce n’est pas forcément par le prix que la petite maroquinerie entrouvre les portes de certaines marques. « La diversité de matières est très grande et fait appel à un savoir-faire particulièrement complexe », rappelle Béatrice Gouyet, devant son portefeuille Bearn où se superposent jusqu’à quatorze feuilles de cuir pour compartimenter les cartes, sans pour autant que le tout atteigne l’épaisseur d’un rabat de sac à main. « Plus qu’une porte d’entrée, la petite maroquinerie est chez Lancaster une invitation à la découverte des cuirs et de leur diversité », assure-t-elle. Notons toutefois qu’un portefeuille tout en un Kelly en crocodile verni est, par son volume, son esthétique et son travail des détails, à la frontière de la pochette du soir et peut très bien se porter comme telle. Avantage certain : pas de liste d’attente comme pour un sac. De la très grande maroquinerie.






















