Maroquinerie : l’évolution de la fabrication en Chine

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Longtemps considérée comme un eldorado, où les clients pouvaient obtenir les produits désirés à prix modestes, la Chine devient un eldorado un terrain plus compliqué pour les affaires. Au point que certains acteurs se demandent aujourd’hui si le moment n’est pas venu de confier leur production à d’autres pays qu’au géant chinois.

Le secteur de la maroquinerie est pourtant en forme en Chine. Il enregistrait une hausse de 25 % de ses exportations au cours des six premiers mois de l’année 2010, contre une baisse de 7% au cours de la même période un an auparavant et la production a été au cours de l’année de 18% supérieure à celle de 2009.

Hausse du coût de la main d’œuvre

Mais les fournisseurs chinois, qui ont fondé leur succès sur une main d’œuvre à bas coût, sont aujourd’hui contraints d’augmenter les prix. Leurs employés en demandent un peu plus alors qu’ils ont longtemps été sacrifiés au profit de la croissance économique. L’année 2010 a été marquée par une multiplication des mouvements sociaux dans les usines chinoises, notamment dans les provinces les plus productives, qui attirent des millions de jeunes travailleurs migrants des quatre coins du pays venus trouver un emploi. La multiplication, au cours de l’année, des grèves dans les ateliers de la province méridionale du Guangdong, que ce soit sur les lignes d’assemblage d’automobiles Honda ou de calculatrices Sanyo, ainsi qu’une série de suicides sur l’immense complexe de production du premier sous-traitant mondial en informatique et en téléphonie mobile, Foxconn, installé au nord-ouest de la ville-usine de Shenzhen, ont donné l’alerte d’une certaine montée des tensions sociales. En réponse, les gouvernements locaux ont procédé à une augmentation des salaires minimum qui, à la fin de l’année 2010, concernait l’ensemble des provinces exportatrices et s’est répercuter sur les prix facturés à ses clients. « Les salaires de nos employés ont été augmentés de 30% en moyenne, explique M. Zhang, et nous avons également fait face à des pénuries de main-d’œuvre ». Comme beaucoup d’entreprises chinoises, Jinduo a en effet eu du mal à remplir tous les postes nécessaires pour poursuivre sa production. Après le Nouvel an chinois, en février 2010, beaucoup d’ouvriers migrants ne sont pas revenus dans les provinces qui les employaient. Coût de la vie trop élevé et rémunérations trop faibles dans ces provinces côtières les ont poussés à chercher du travail plus près de leurs régions d’origines. Dans le Guangdong, il a donc fallu proposer une hausse des revenus pour attirer les candidats à l’embauche. Ces hausses étaient nécessaires, après un gel des salaires justifié par la crise. La revalorisation du salaire minimum est d’abord un mouvement imposé, souligne Geoffrey Crothall, porte-parole de China Labour Bulletin, une association de protection des droits des travailleurs basée à Hong Kong. « Chaque province est supposée ajuster son niveau, notamment par rapport à la hausse des prix, tous les deux ans. Il ne s’agit donc que d’un impayé qui trainait depuis la crise », explique M. Crothall. Mais pour l’entreprise Huadu Aobo, qui produit des sacs en cuir dans le Guangdong, ces hausses ont de fortes répercussions, le coût de la main-d’œuvre ayant grimpé d’un tiers en seulement un an. « Et même lorsque nous avons augmenté les salaires, cela n’a pas toujours suffi à faire rester les employés » explique Liu Jinpei, assistant du directeur général. Chez Huahui Leatherware, ces hausses de prix suscitent les râles des clients, constate May Xie, directeur du département commerce international ; « ils pensent toujours que les prix sont trop élevés, que c’est intenable mais après tout, n’est ce pas le principe même des affaires que d’avoir des discussions ? » s’interrogent-il.

Hausse du coût des matières premières

A ces hausses de salaires est venue s’ajouter une augmentation du coût des matières premières, ressentie dans tous les secteurs mais particulièrement dans la maroquinerie, explique Zhang Jiayong, de l’entreprise Jinduo : « Le cuir, les doublures utilisées dans les sacs, les accessoires, tous les prix de ces produits essentiels pour nous ont grimpé ». Il évoque une hausse de 15% au cours de la seule année 2010 tandis que les responsables de Huadu Aobo parient de 20% d’augmentation. Tirés par la reprise de la demande mondiale au lendemain de la crise économique et par la ferveur de nouveaux marchés émergents, les prix du cuir, par exemple ont fortement augmenté. En Chine, la nouvelle préoccupation écologique vient s’ajouter à ces facteurs. Le ministère de l’industrie et de l’information à Pékin a annoncé le 11 décembre 2009, le lancement d’une campagne de protection de l’environnement concernant le tannage et le textile. Il a alors donné jusqu’au début de l’année 2011 aux ateliers de tannage de petite taille pour améliorer leurs performances environnementales, réduire leur consommation d’eau et leurs émissions de sulphides. Cette mesure, qui aurait amputé la production de 30 millions de pièces, a donc eu pour conséquence une baisse de l’offre. D’autres actions de protection de l’environnement au niveau local se sont depuis greffées et prévoient des consolidations dans le secteur du tannage afin que les entreprises aient l’ampleur suffisante pour réaliser les investissements nécessaires. Dans la province du Fujian par exemple, la construction de nouvelles tanneries a été suspendue et toutes celles qui existent, mais ont une production inférieure à 100000 pièces par an, devront fermer leurs portes au 1er janvier 2012.

Sortir du modèle low-cost

A ces hausses de coûts induites par le contexte chinois s’ajoute la volonté de certaines usines d’améliorer la qualité de leurs produits. C’est le cas de l’atelier du groupe Huadu Aobo de Canton, qui a décidé de se démarquer en faisant des progrès sur la qualité. « Nous avons doublé nos investissements dans le département recherche et développement cette année » explique Liu Jinpei. Certes, il a fallu facturer ces coûts aux clients mais cela semble payer. « Le résultat est que nous avons plus de produits, des styles diversifiés, et une importante amélioration de la qualité. Donc les volumes des ventes ont enregistré une croissance significative. C’est une excellente année pour nous ». Dans ce contexte, les clients français de la maroquinerie chinoise doivent accepter de mettre la main à la poche ». Mais l’acceptent-ils ? « En général oui, répond Zhang Jiayong, directeur général de Jinduo, qui exporte des sac à main vers la France. Ils savent que la hausse de nos coûts en amont est bien réelle ». S’en plaignent-ils ? « Non, très peu, relève Liu Jinpei de Huado Aobo, les entreprises étrangères avec lesquelles nous travaillons ont des bureaux de représentation en Chine ou s’y rendent fréquemment, donc elles comprennent la situation actuelle. Bien sûr, ils négocient au plus serré, mais nous avons un plancher de prix en dessous duquel nous ne pouvons plus travailler même si nous avons fait des concessions, explique-t-il. Dans ce cas, il est impossible de trouver un accord, point final. »

Emergence de nouveaux marchés

C’est qu’en Chine, les clients français ne sont plus toujours rois. Leurs volumes d’achats sont moindres que ceux des acheteurs américains ou asiatiques et sont en baisse, constatent leurs producteurs locaux. « Tous nos produits partent vers les marchés étrangers, principalement l’Europe, mais les achats français ne sont pas les principaux », dit-on pudiquement chez Huahui. L’émergence de nouveaux marchés suscite davantage l’intérêt des fournisseurs. Si l’entreprise Huadu a pu enregistrer une hausse de 40% de ses ventes en 2010, elle dit le devoir à des marchés négligeables il y a encore quelques années, tels que le Brésil et l’Afrique. Surtout, la nouvelle tentation est d’accorder la primeur de sa production aux clients chinois. « Les ventes de sacs à main sont en baisse de 30% à l’étranger cette année, tandis que nos coûts augmentent de 15% donc effectivement nous nous focalisons davantage sur le marché intérieur que sur l’étranger cette année. Les marchés cibles à l’international rétrécissent, le marché chinois est en pleine expansion. De fait, nous travaillons davantage pour des Chinois ces derniers temps », relève Zhang Jiayong. Avec 10% de croissance économique enregistrée en 2010 selon le gouvernement central, presque autant prévus pour l’année entamée, cette tendance ne devrait pas s’inverser. Le rééquilibrage de l’économie chinoise des exportations à bas coûts vers la consommation intérieure doit d’ailleurs être un des piliers du prochain du prochain plan quinquennal que Pékin adoptera au printemps et qui guidera ses orientations politiques jusqu’en 2016. Dans leurs relations avec leurs clients, les fournisseurs chinois gardent une certaine confiance. S’ils prennent conscience que le marché est devenu difficile pour les acheteurs européens. Ils savent également que la Chine reste un lieu de production incontournable. Dans le Guangdong, où est située une majorité des fournisseurs, les infrastructures routières, portuaires, et la multiplicité du choix continuent d’être inégalées, même si certains sont tentés d’aller travailler avec les pays d’Asie du Sud-est, qui offrent une main d’œuvre moins onéreuse. Le client est donc d’une certaine manière obligé de revenir. Pas question pour autant de le négliger, promet-on, un client est un client. « Jamais ! lâche Zhang Jiayong. Nous honorons toujours les commandes étrangères, bien que les marges se rétrécissent. Mais il est nécessaire de pouvoir se reposer sur la demande locale quand les marchés étrangers s’affaiblissent, note-t-il. Le tout pour nous est de trouver un équilibre. »

Texte : Harold Thibault à Shanghai

Publication : Sacastar.com : la maroquinerie sur internet.

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